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Si l’emprisonnement nous apparaît aujourd’hui comme le principal moyen de contrôle social, il ne faut pas remonter le temps tellement loin pour se rendre compte qu’il n’en a pas toujours été ainsi et qu’il est vraisemblable de croire qu’il n’en sera pas toujours de même.

Bien sûr, la prison est utilisée depuis la nuit des temps. Au cours de l’Antiquité, elle assure la présence des criminels condamnés à travailler sur les chantiers ou dans les mines. Au Moyen âge, elle sert principalement à détenir les criminels durant l’instruction de leur procès. Durant plusieurs siècles l’emprisonnement est une peine parmi d’autres.

À la fin du 18e siècle, plusieurs pays abolissent les peines corporelles pour y substituer l’emprisonnement ou la privation d’un droit désormais reconnu par les déclarations universelles comme le plus grand de tous : le droit à la liberté.

Jusqu’alors, les supplices du criminel sont présentés en place publique afin que l’horreur du spectacle intimide et détourne les spectateurs du chemin de l’inconduite. En cette époque des Lumières, des penseurs tels que Voltaire, Rousseau et Montesquieu remettent en question la cruauté et l’inefficacité des châtiments corporels. Ils sont principalement influencés par Cesare Beccaria qui publie son Traité des délits et des peines. Beccaria bouleverse les fondements du droit criminel en substituant la souffrance à la recherche de l’utilité sociale.

Les prisons sont cependant rapidement décriées comme un lieu de rencontres et de formation de la criminalité. Entassés dans de grandes salles communes, les grands criminels et les enfants se côtoient tous les jours de leur internement. Aucune classification ne gère la population incarcérée : hommes, femmes et enfants, assassins et petits voleurs, prévenus et récidivistes partagent les mêmes murs de la prison. Il s’y forme une société parallèle où les plus jeunes apprennent les enseignements du métier. « La prison est le repère du vice », clameront les biens pensants montréalais.

La prison du Pied-du-Courant reçoit ses premiers prisonniers au mois de novembre 1836. La prison a une capacité de 225 détenus. Jusqu’à l’ouverture de la prison des femmes de la rue Fullum en 1876, les femmes partagent les murs de la prison avec les hommes et les enfants.
Depuis 1791 pourtant, Jeremie Bentham propose un nouveau modèle de construction des maisons d’internement : le panoptique (de pan et optique). Une tour centrale élevée au cœur de l’établissement permet aux gardiens de surveiller les prisonniers répartis dans des cellules regroupées en rayons et convergeant vers le centre. Le gardien peut ainsi tout voir sans être vu. Bentham croit que le panoptique peut fournir une aide précieuse à la moralisation des prisonniers. Ce modèle architectural s’imposera lors de la construction de la prison de Bordeaux.

Aux États-Unis, deux systèmes de gestion interne des prisons se partagent le contrôle des prisons. Le système pennsylvanien, influencé par les Quakers qui abolissent les premiers la peine de mort pour une grande majorité de crimes, ainsi que les mutilations et le fouet, prône un isolement complet de jour comme de nuit, permettant ainsi d’éviter la propagation du vice. Le système auburnien quant à lui, propose une réclusion solitaire de nuit, et un travail forcé en commun, mais silencieux de jour. Dans les deux systèmes, une même préoccupation : fournir aux détenus les moyens d’apprentissage des nouvelles règles de conduite sociale. Le système auburnien, qui permet de rentabiliser la productivité des prisonniers, sera privilégié au Canada.

Au 19e siècle, le monde a changé. La progression du capital et de l’industrialisation, le progrès des villes et la démocratisation du pouvoir exigent une modification du contrôle des populations. Perçu comme l’antidote idéal aux maladies sociales, la discipline, croit-on, immunise l’individu et par conséquent la société entière contre le désordre, la malpropreté, la fainéantise et même la pauvreté.
De l’école à la prison, toute une panoplie d’institutions se met en place pour établir les règles de conduite sociale, médicale et familiale aptes à faire de chacun le citoyen idéal. Si les justiciers d’autrefois s’attaquaient au corps pour punir, cette fois les réformateurs imaginent de subtils stratagèmes pour toucher le cœur, briser l’âme et former la raison.

Peu à peu, le grand rêve des réformateurs du 19e siècle tourne au cauchemar. Malgré la violence et la discipline, malgré l’enseignement et le travail, personne n’a jamais appris à vivre libre au milieu des barbelés.

Sur la table de chevet de l’auteur

Tout Jean-Marie Fecteau, incluant:

La liberté du pauvre : sur la régulation du crime et de la pauvreté au XIXe siècle québécois

Un nouvel ordre des choses : la pauvreté, le crime, l’Etat au Québec, de la fin du XVIIIe siècle à 1840

Livres


Le Pénitencier de Kingston : Les cent cinquante premières années 1835-1985

Dennis Curtis…[et al].
Ottawa : Ministre des Approvisionnements et Services Canada, c1987.


Au Pied-du-Courant : lettres des prisonniers politiques de 1837-1839

[colligées et présentées par] Georges Aubin.
Montréal : Comeau & Nadeau ; [Marseille] : Agone, c2000.


Les Crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle

Raymond Boyer ; [préface de Bruno M. Cormier...].
Montréal : Le Cercle du livre de France, cop. 1966 (Montréal : Imprimerie Saint-Joseph).


La prison : à l’ombre des hauts murs

Jean-Claude Vimont.
[Paris] : Gallimard, 2004.


L’expérience

réalisation, Olivier Hirschbiegel ; scénario, Mario Giordano, Christoph Darnstädt, Don Bohlinger.
Westmount : Christal Films, c2003.

Sites Web

Vivre en prison

 

L’architecture des prisons

Sentence vie par Marie Cadieux